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[Les Papas = Les Mamans]

« Les pères d’aujourd’hui se découvrent »

jeudi 23 octobre 2008, par Jérôme MESSINGUIRAL

Comme la femme de sa maternité, l’homme se met à parler de sa paternité. C’est une véritable nouveauté ! L’avis d’un spécialiste. André Rauch est historien. Il a écrit "Pères d’hier, pères d’aujourd’hui", chez Nathan.

dimanche 15 juin 2008

« Les pères d’aujourd’hui se découvrent »

La puissance paternelle s’est-elle effondrée au fil des siècles ?

Dans la Rome antique, est père l’homme qui déclare sa volonté d’élever un enfant. Au Moyen Age, le mariage chrétien définit la paternité comme issue du sacrement. Peu après la révolution, le contrat signé devant le représentant de l’État prend le pas sur le sacrement. Aujourd’hui, l’autorité se partage entre parents, qu’ils soient mariés ou pas. Dès que l’État est entré dans la sphère privée de la famille, il a privé le père de sa toute puissance. En 1924, la notion « d’intérêt de l’enfant » bouscule encore un peu plus le rôle du père. L’homme nostalgique y voit une dégringolade. L’homme moderne y voit plutôt une transformation.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, cette transformation s’accélère...

Trois événements majeurs vont modifier le statut et les fonctions de père. En 1966, grâce à l’adoption plénière (l’enfant n’appartient plus à sa famille biologique), un homme peut devenir pleinement père sans être le géniteur de l’enfant qu’il éduque. Dans la pratique de la paternité, cette nouveauté a des conséquences considérables. Dans les années 70, les avancées féministes (la législation de la contraception et la loi Veil) vont sérieusement mettre à mal les privilèges traditionnels masculins. Dorénavant, les femmes revendiquent la notion de plaisir sans craindre de « tomber » enceintes. Du coup, pour devenir père, un homme doit avoir le suffrage d’une femme. Enfin, « l’autorité parentale conjointe », instaurée en 1970, supprime la notion de chef de famille et aboutit en 1975 au choix « d’un commun accord des deux époux » de la résidence de la famille. Un nouveau pas vers la démocratisation de la vie familiale est franchi.

Quand apparaît l’expression « nouveaux pères » ?

Cette expression date des années 70. Elle résulte de la prise de conscience par l’homme que la parenté se partage. Devenir parents se décide désormais à deux. Comme la femme de sa maternité, l’homme se met à parler de sa paternité. C’est une véritable nouveauté !

Les pères d’aujourd’hui sont-ils les mêmes que ceux des années 70 ?

Non. D’ailleurs « être père » aujourd’hui ne traduit pas la réalité. Il serait plus juste de parler « d’entrées en paternité ». Cette paternité se présente sous des formes multiples (famille classique, recomposée, monoparentale, homoparentale mais aussi adoption, fécondation in vitro...) ce qui la rend complexe. Dorénavant, la paternité se définit comme un vécu. Les pères d’autrefois étaient sûrs d’eux, ceux d’aujourd’hui « se découvrent ».

Recueilli par Anne-Flore Hervé. A lire également

Echangerais vieille autorité contre vraie paternité

Les pères n’ont plus d’autorité, pensent certains. D’autres les trouvent plus épanouis et libres. À l’occasion de leur fête, André Rauch, historien, prend du recul pour mieux les comprendre.

André Rauch, historien de l’identité masculine

Pères d’hier, pères d’aujourd’hui Du paterfamilias de la Rome antique au père aimant du XXIe siècle, André Rauch raconte, avec précision et rigueur, l’évolution des fonctions paternelles à travers les siècles en France. Sont-elles devenues plus fragiles, plus précaires ?

Voir en ligne : « Les pères d’aujourd’hui se découvrent »

 

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